Convictions

La maison ViceVersa : un chaînon manquant adapté à un public particulier

Depuis quelques années, l’éventail des possibilités d’habitats pour personnes âgées s’élargit de plus en plus –Abbeyfield, Kangourou, intergénérationnel, Un toit 2 âges, Résidence Service Sociale … –, répondant ainsi à une demande croissante d’alternatives aux maisons de repos traditionnelles. Cependant, rares sont les lieux de vie accessibles lorsqu’une maladie neuro évolutives (Alzheimer et apparentées) survient dans la vie de la personne âgée. Or, le nombre de personnes âgées vivant avec une fragilité cognitive s’accroît d’année en année. Actuellement, c’est le cas d’environ 5 à 8% des personnes de plus de 65 ans et 20 % au-delà de 85 ans. Mais ces chiffres sont amenés à doubler tous les 20 ans. Rien qu’en Belgique, on parle de 200 000 personnes concernées.

Aujourd’hui, une personne âgée vivant avec de telles fragilités voit ses choix restreints à deux possibilités :

> continuer à vivre chez elle, accompagnée par des aides professionnelles de plus en plus présentes et donc très variées, mais aussi coûteuses, et, parfois, par un aidant proche qui s’épuise petit à petit ;

> s’orienter vers une maison de repos, une étape qui arrive parfois trop tôt dans le parcours de la personne et l’amène, à terme, à entrer dans un service adapté, le plus souvent fermé.

Lorsqu’une personne vivant avec des fragilités cognitives ne peut absolument plus rester à domicile, elle n’a donc actuellement pas d’autre option dans son parcours que de se tourner vers une maison de repos, un modèle qui vient essentiellement pallier la dépendance physique des personnes qui y résident.

Or, le problème premier du public concerné par notre projet n’est pas la dépendance physique –bon nombre de ces personnes se portent très bien sur ce plan-là –, mais bien les difficultés engendrées par les fragilités cognitives.

Un accompagnement plutôt que des soins

À ce jour, la pharmacologie permet uniquement de réduire certains symptômes liés à ces maladies, là où d’autres approches non médicamenteuses, dites relationnelles, ont déjà démontré leur efficacité.

On sait aujourd’hui que le maintien du cours ordinaire de la vie dans un environnement privilégiant le respect des habitudes des personnes vivant avec des fragilités cognitives est crucial. Pour préserver le plus longtemps possible leurs capacités d’autonomie et continuer à être actrices de leur vie, ces personnes ont donc besoin avant tout d’un contexte relationnel soutenant et favorable, qui leur permette d’implémenter ce qui donne du sens à leur vie, sans être mises à l’écart du monde. Elles ont besoin non pas de soins, au sens médical, mais d’un soutien calibré, continu et discret, leur permettant de préserver les capacités qui peuvent l’être, et ne venant se substituer à la personne qu’en cas de réelle nécessité.

En leur proposant le type d’accompagnement dont elles ont besoin, ces personnes déclinent moins rapidement physiquement car elles continuent à mobiliser leurs capacités physiques en s’investissant dans leur vie quotidienne.

Cet accompagnement, essentiellement basé sur la qualité relationnelle du personnel, permet ainsi à moyen terme de limiter la médication, de réduire l’utilisation de mesures de contrainte et de contention, tout en diminuant le degré de dépendance physique des personnes accompagnées. Cela permet dès lors de réduire les coûts liés à leur accompagnement et de réserver prioritairement le personnel formé aux soins, que l’on sait en pénurie, à l’accompagnement des personnes en grande dépendance, nécessitant une assistance médicale et une aide plus importante dans les activités de la vie journalière.

Un changement de regard indispensable

Pour que les fragilités cognitives en lien avec ce type de pathologies ne constituent plus un obstacle pour poursuivre une vie de qualité intégrée dans la société, il est donc urgent de changer le regard porté sur ces maladies et sur les personnes qui les vivent, afin de concevoir, pour et avec elles, des alternatives de lieux de vie mieux adaptées et plus inclusives afin de préserver leur autonomie et leur sérénité.

C’est dans cette dynamique que s’inscrit le projet ViceVersa HABITAT qui entend combler un vide dans le paysage bruxellois des habitats alternatifs destinés à l’accompagnement des personnes âgées : créer à Bruxelles un premier habitat partagé pour les personnes de plus de 65 ans vivant avec une fragilité cognitive. Un projet-pilote donc qui démarre sous les meilleurs auspices.